vendredi 21 janvier 2011

Chapitre 8 : Des enfants malades


Avec Yassine, je sors du café. Enfin, on était déjà attablé à une table au dehors mais je ne connais pas les limites du café… Yassine a décidé de ne pas me quitter, du moins pour le moment. On continue sur le chemin qui nous a amené ici mais il s’arrête un peu plus loin. Après, il faut faire un détour pour prendre un pont qui mène à une autre ville. On repart dans l’autre sens avec la mer toujours à nos côtés. Yassine me parle de ses dessins. Il dessine plutôt des mangas et me dis qu’il a encore du mal avec les corps. Pour les visages, il pense les faire correctement. Je lui demande s’il peut m’en dessiner un, vite fait, pour voir. « J’ai pas de crayon… tu veux que je le dessine sur le sable ? » Ca me semble une bonne idée mais il y a trop de monde et puis je ne pourrai pas le garder. « Non, je veux un souvenir de toi. » - « T’as ma photo » dit-il en souriant. « Oui, mais je veux quelque chose de toi. Viens, on repassera par la presse, ils auront ce qu’il faut. Et puis je t’achèterai des Pokemons si tu veux. » Yassine se marre. Sur qu’il n’a plus l’âge, encore que…
On longe un grand bâtiment qui semble assez neuf. Yassine m’apprend que c’est un hôpital pour enfants. Ceux qui ont des maladies assez longues à guérir. J’observe plus attentivement et voit effectivement un panneau, c'est l'institut Saint-Pierre pour enfants malades, je vois aussi des caméras - pour éviter aux inconnus d’entrer ou aux enfants de sortir ? Il faudra que j’y fasse un tour. Il peut y avoir des reportages intéressants à y faire. Sur comment certains enfants sont arrivés là. Peu de chance qu’ils me laissent entrer si je leur dis mes intentions. Et je ne vais pas embarque mon petit ami dans cette aventure. Je remets à plus tard.
Je regarde la plage pour voir si certains de ces enfants y sont. C’est vrai qu’il n’y a pas grand-monde à cet endroit. Et pas d’enfants. Un bon terrain de jeu cette plage vide quand ils sortent s’ils sortent. Je décide de remettre à encore plus tard mon entrée sur ce terrain. Car ça risque de me prendre pas mal de temps. J’y reviendrai une fois Gwanaël retrouvé. Les enfants malades peuvent être un véritable piège comme sujet de reportage. Trop larmoyant ou trop froid, manipulations par des parents ou des associations, procès malintentionnés, pitié, et j’en passe…
Dès qu’il s’agit d’enfant, dans un reportage ou dans un journal télévisé, les oreilles du public se dressent. La mort par noyade en direct, la bataille USA-Cuba pour une garde, la fausse accusation de voleurs d’yeux, le procès d’Outreau, la mort par fusillade dans les bras d’un père. Les mêmes reportages avec des adultes auraient tout au plus fait lever le sourcil de ceux qui se sont indignés alors. J’adore les enfants et je donnerai ma vie pour sauver un enfant que je connais mais je trouve ça un peu étrange. Surtout quand on regarde le nombre d’enfants qui meurent toutes les minutes de la malnutrition ou de la guerre.
Je demande à Yassine s’il a déjà été malade. « Tu as manqué l’école cette année ? » - « Trois fois seulement. Une fois j’avais mal au ventre, après j’étais enrhumé et une fois j’ai dit que j’avais mal à la tête. C’était vrai mais pas beaucoup, y avait un contrôle de géo… » - « Tu as déjà été à l’hôpital ? » - « Je crois pas ». Soudain je le vois hésité. Je le regarde. « Si, une fois, tu sais pour la circoncision… ». Non, je ne sais pas. Il m’explique qu’il est musulman et que lorsqu’il a eu trois ans, on l’a circoncis. Il me dit en rougissant « Tu sais, on coupe le prépuce.. ». Je le laisse parler. Il s’embrouille. J’ai surtout remarqué qu’il commence à me tutoyer et j’aime ça. Je viens quand même à son secours. « C’est ta religion qui t’oblige à faire ça ? » - « Oui, enfin c’est pas dans le Coran, mais si tu le fais pas, y en a qui disent que t’es pas musulman… Tu connais le Coran ? » - « Oui, je l’ai lu… en français » On arrive à la presse. Je lui prends le bras pour qu’on traverse ensemble, il ne s’en formalise pas. J’espère qu’ici, un français avec un jeune arabe n’est pas trop mal vu, même si Yassine est peut-être plus français que moi.

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