dimanche 9 janvier 2011

Chapitre 4 : Laurent


Arrivé à mon hôtel, j’ai reçu un nouveau sms de Laurent “cinema demain après midi”. Ouaip, je savais déjà par le guide où se trouvait le plus grand cinéma, là où j’étais tout à l’heure, près du centre commercial. Et j’avais avec moi le journal pour connaître les films et les horaires. Encore que j’aurai pu avoir ces infos sur le net. Bon, je verrai ça demain matin. J’ai renvoyé un sms à Laurent pour lui demander si je pouvais lui téléphoner. Réponse “oui”. Il devait être seul chez lui comme d’habitude. Sans son copain, il devait passer ses journées devant son ordi ou la télé.
Les deux garçons ne se ressemblent pas. Laurent a 11 ans, un corps mince, les cheveux noirs. Il n’est pas angélique mais a ce que j’appelle une tête sympa. J’aime quand il sourit. Même si je n’ai été avec lui que trois jours, je sais qu’il n’est pas difficile à vivre. Quand je l’ai vu la première fois, c’était avec les parents de Gwanaël. Quand ceux-ci l’ont laissé partir, je l’ai suivi en prétextant un appel téléphonique. Je l’ai rattrapé 50 m plus loin. Il s’est retourné et c’est là que j’ai vu son sourire pour la première fois. Il avait du se faire une composition en présence des parents. Evidemment, je suis tombé sous son charme immédiatement.
Je lui ai dit que j’étais reporter dans un magasine spécialisé dans les faits divers et que la fugue de Gwanaël m’intéressait, et s’il pouvait passer un moment avec moi pour en parler…
Il ne s’est pas fait prier le bougre. Tout de suite, il m’a demandé si je le paierai. Bien sur, je lui ai dit que ça dépendait de ce qu’il dirait, j’ai ajouté que ça dépendait de ce qu’il ferait. Je ne doutais pas de son intelligence mais je savais que je ne craignais rien avec lui. Il ferait ou ne ferait rien, dirait la vérité ou débiterait un beau gros mensonge. Je m’en foutais éperdument. Mon but à l’instant était de rester avec lui un certain moment.
Les gamins me surprendront toujours. Il m’a dit que ses parents n’étaient pas là et qu’on pouvait aller chez lui. Pour faire l’interview a-t-il ajouté malicieusement. Je l’aimais déjà mais je ne suis pas fou. Ok pour l’interview, et uniquement pour l’interview… pour cette fois. On est allé chez lui. Il n’habitait pas très loin de chez son copain. Ils devaient bien en profiter ces petits voyous. Arrivés chez lui, on est monté direct dans sa chambre, j’ai à peine aperçu le salon, ce sera pour une autre fois. Sa chambre était bleue. Les meubles, ses draps, les rideaux. Ce qui restait des murs était blanc. J’aurais pu le deviner mais il n’y avait pas Shakira ni de top model accrochés. En revanche, des camions, ça oui, y en avait et pas qu’un peu. Quant à savoir pourquoi, j’aurais bien le temps de le savoir.
Il s’est assis sur la chaise de son bureau et l’a tournée vers le lit. Je me suis donc assis sur celui-ci. Bien moelleux. J’ai pris le temps de regarder un peu plus attentivement tout ce qui m’entourait, en commençant par la taie d’oreiller, la lampe, le réveil, l’armoire, le pyjama accroché près de la porte… J’ai du regardé ce dernier un peu longtemps car il m’a alors dit “c’est un nouveau”. J’adore les pyjamas des garçons ; mais il était un peu tôt pour lui demander s’il pouvait le mettre là maintenant tout de suite. Lisant sans doute dans mes pensées, Laurent s’est levé et l’a mis devant lui, j’ai pu l’imaginer le portant. Putain, trop beau. “Tu dois être bien dedans”. J’ai pas dit beau mais c’est tout comme. Il l’a reposé et s’est rassis. Qu’il commence à se déshabiller et à mettre son pyjama devant moi ne m’aurait pas vraiment surpris, mais ce n’était pas encore le moment.
Je lui ai demandé depuis quand il connaissait Gwanaël, pourquoi d’après lui il avait fuguer, s’il croyait qu’il courait un danger, s’il l’avait contacter depuis son départ. Ses réponses étaient vagues, c’étaient ses réponses pour les parents, les flics, etc… Alors je lui ai demandé s’il avait des photos de son copain. Il a un peu rougi et j’ai su. “quelques unes qu’on a fait en vacances mais vous les avez déjà vues chez ses parents” n’était pas une réponse qui me convenait. “Tu peux me montrer les tiennes ? S’il te plaît !...” Il n’était plus sur de lui.
Je le voyais réfléchir, à ce qu’il pourrait me montrer. Il essayait de se souvenir de ce qu’il y avait. “Elles sont dans mon ordi” – “ok, tu l’ouvres ?” Il a démarré son ordi, ses mains tremblaient un peu. Je ne disais rien, le regardais. Il a cliqué sur son dossier images puis sur vacances. J’ai eu le temps de voir un dossier intitulé GW, je commençais à adorer la tournure des événements. Dans le dossier vacances il a cliqué sur le dernier dossier, et j’ai vu alors les photos. Je les regardais rapidement. Rien de spécial. J’ai sorti ma clé usb et je lui ai demandé si je pouvais les copier. Il a hoché la tête. J’ai branché la clé et j’ai mis ma main sur la sienne et sur la souris. Il n’a pas enlevé sa main. J’ai copié le dossier puis cliqué sur le dossier parent. Le dossier GW est réapparu. “Je peux ouvrir celui-là”. – “Non, il est protégé par un mot de passe” – “Je peux le copier ?” –“Nan, c’est personnel” – “Combien tu veux en échange ?” J’avais toujours ma main sur la sienne, très douce, je lui ai prise et je lui ai redemandé “Tu veux combien si je copie ton fichier ? “ – “Pourquoi vous le voulez ?” – “Pourquoi tu ne veux pas ?” – “C’est des photos personnelles et puis vous n’arriverez pas à l’ouvrir de toute façon” – “T’en fait pas, j’y arriverai. Et j’ai envie d’avoir les plus belles photos et elles doivent être là… Alors combien ? Je te jure que je les montrerai à personne d’autre et que je laisserai le mot de passe pour que personne les voie”
Je le sentais fléchir. Il savait que je savais de toute façon. Peut-être qu’il voulait sans en être sur que je vois ces photos. Il a dit tout bas “100 euros”. J’ai sorti deux billets de 50 de mon portefeuille et je lui les ai donnés. Il les a pris lentement et les a mis dans sa poche. J’ai copié le dossier sur ma clé. Je l’ai regardé, il était beau. Je ne savais pas ce qu’il y avait dans ce dossier mais quel qu’en soit le contenu, je ne regrettais pas de l’avoir acheté. C’était fait. On pouvait recommencer. “Alors, pourquoi Gwanaël a fugué en vrai ?” Il a souri. Ca y est, on était parti pour bien s’entendre.

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