vendredi 28 janvier 2011

Chapitre 11 : Des mangas


Je rentre dans la presse avec Yassine. Il y a aussi pas mal de cadeaux souvenirs. On voit qu’on est dans une ville touristique, les étagères sont remplies d’objets inutiles ayant un vague rapport avec la mer. Je mets ma main sur l’épaule de Yassine et le guide vers le rayon revues. Je passe à côté du tourniquet où se trouvent les journaux sans même y jeter un œil. De toute façon, il n’y aura aucune nouvelle sur la fugue de Gwanaël avant demain et le reste ne m’intéresse pas. Yassine ne l'a pas non plus regardé. Il ne doit pas lire souvent de journaux je présume. J’aurais dû lui demander avant quel genre de revues il lisait, peut-être qu’il est abonné à un manga ou à une revue pour ado, à moins qu’il ne lise des trucs sur les séries ou sur les stars…
Je ne passe jamais assez d
e temps avec les garçons que je rencontre. Mais ainsi, il leur reste toujours cette part de mystère. Pourtant souvent je les connais mieux que leurs parents. Bon, là j’ai un peu été pris de court, mais il n’y pas grand-monde, on va pouvoir discutailler un peu. Je le laisse regarder les magazines, il s’arrête là où se trouvent les revues people. « Tu écris dedans » -« Non, celles-là sont fourre-tout, c’est plutôt un magazine d’enquête mais parfois un peu trash, ils ne doivent pas l’avoir ici. Tu veux acheter quelque chose ? Je te le paye. » Il regarde les images de voitures qui s’étalent devant lui, les stars, les endroits d’évasion, … Il semble un peu perdu. « Je te laisse un peu regarder, je vais voir un peu les journaux ». Je me contrefiche de ce que racontent les journaux mais il faut toujours laisser les enfants un peu libres, ne pas trop les guider et les laisser eux-mêmes trouver leur voie même pour des détails.
Je fais semblant de lire les titres des journaux et l’observe. Il pose et repose des revues sans vraiment s’attarder sur l’une d’elles. Son regard s’est posé sur les étagères du haut mais n’y est pas resté. Il va vers le coin enfant avec Mickey et compagnie. Bon aujourd’hui ce sera bande dessinée ou manga. Je le rejoins, il prend un à un tous les magazines qui traitent de manga. Il en choisit, un peu au hasard me semble-t-il. « Celui-là, ça va ? » - « Pas de problème. On va demander s’il a des crayons ? » - « Y en a derrière le vendeur, je les ai vus en rentrant. » Il a une bonne vue ce petit. On passe à la caisse, je lui donne un
billet de 20 € et lui indique les crayons du doigt. « Tu prends ce que tu veux. N’oublie pas une feuille, enfin n’importe quoi pour dessiner. Je t’attends dehors. »
Ce n’est pas u
n garçon timide et il doit souvent se débrouiller seul. Facile pour lui. Il n’est pas long à sortir. Il me tend la monnaie, je la prends et la met dans ma poche, sans recompter évidemment. J’aurai pu la lui laisser mais ce n’est pas la peine. Il a pris un crayon-gomme et un cahier de dessin.
Y a pas de Mac-Do ici, que des restos. « On va dans un café ou sur la plage ? » je lui demande. Il choisit la plage. Il n’y a pas trop de monde à cette période de l’année, on sera tranquille. J’ai presque oublié que je devais quand même regarder si des fois un petit Gwanaël n’était pas dans les parages. Je regarde donc un peu les garçons, mais il n’y en a que deux et trop grands. C’est vrai que la plupart sont encore en classe. Point de Gwanaël. Yassine me guide assez près de la mer. J’espère que c’est la marée descendante. Ah oui, j’oubliais, il n’y a pratiquement pas de marée ici. Yassine pose son sac et tout ce qu’il avait dans la main sur le sable.
Puis il ouvre son sac et commence sa petite installation. C’est vrai que ce n’est pas la première fois qu’il vient. Il étale la serviette, il enlève ses baskets et les mets aux coins de la serviette pour qu’elle ne s’envole pas, met son sac à un autre coin. Alors je le vois enlever son tee-shirt. Bon sang, comme il est beau, un corps svelte avec une couleur magnifique. Les petits marocains ont cet avantage de n’avoir pas de différence de couleur entre les parties bronzées et celles qui ne le s
ont pas. Il pose son tee-shirt avec une casquette qu’il a prise dans le sac sur le dernier coin. Je n’arrête pas de le regarder. Il a fini, son regard croise le mien. « Y a de la place pour moi ? » - « Oui, j’ai une serviette immense… ». Il s’assied et je me mets à côté de lui. On regarde la mer, je ne peux quand même pas toujours le regarder. J’ai déjà des souvenirs pour des semaines. « Je vais dessiner maintenant, après j’aurai trop chaud… » me dit-il - « Je pourrai te jeter dans la mer pour te rafraichir si tu veux. » - « Non merci » répond-il en souriant. Il prend son cahier et son crayon. « Tu veux que je dessine quoi ?» - « Ce que tu veux, simplement un personnage, un garçon sur la plage par exemple ». Il ne réfléchit pas, il prend son crayon et commence à tracer des traits rapidement. Il ne gomme pas. Je vois à son visage qu’il s’applique comme pour un travail sérieux.
Je regarde sa main. Elle n’hésite pas. Le personnage commence à apparaitre. C’est vrai que c’est un manga, la chevelure est en pointe. Il observe son personnage puis comme à faire le décor. D’abord l’horizo
n puis il ajoute des détails. D’une feuille blanche, il a fait un endroit où je m’incrusterai bien. Son personnage, bien que manga, ressemble à un jeune garçon téméraire et rentrer dans le dessin comme dans le clip de Ah-ha ne me déplairait pas. Son dessin est fini. Il fait quelques retouches et voilà, le résultat est splendide. « Bon sang, il est génial ton dessin. En plus tu l’as fait vite. T’es vraiment doué ! ». Il ne dit rien mais je vois que mes compliments le touchent. Il ne doit pas en avoir souvent à part ceux de ses copains peut-être.

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