dimanche 30 janvier 2011

Chapitre 13 : Un pari


« Ça y est je suis à palavas. Je vais voir s il est la. @+ » Laurent relut le message 3 fois. Ils y étaient arrivés. Gwanaël allait passer ses trois jours avec Éric à Palavas comme ils l’avaient promis. Ils allaient réussir leur pari et Éric devrait tenir sa promesse. Il leur avait fallu une dizaine de jours mais ils étaient dans les temps, Éric resterait à Palavas encore pendant une semaine et il suffisait que Gwanaël reste trois jours avec lui pour que le pari soit gagné. C’était un soir lorsque Gwanaël était chez Éric que celui-ci fut pris. Ils étaient en train de revoir une leçon de math quand Éric annonça à Gwanaël qu’il partait la semaine suivante pour deux semaines. Il avait décidé de prendre un peu de vacances. Le garçon fut un peu vexé qu’il ne lui ait rien dit avant et même qu’il pense devoir prendre des vacances… « Tu aurais pu me le dire avant… » - « J’étais pas sur d’y aller et puis je connaissais pas les dates. J’ai payé aujourd’hui seulement… » - « En plus tu travailles pas, t’as pas besoin de prendre de vacances… enfin pas pendant l’école… » - « Écoute que ce soit maintenant ou pendant les vacances, c’est pareil… de toute façon tu pourrais pas venir avec moi. » - « Pourquoi ? J’aurais pu venir si c’était pendant les vacances. » - « C’est ça… » - « Quoi ? C’est vrai. Si j’avais envie de venir et que toi aussi, mes parents auraient été obligés. » - « Même si tes parents avaient voulu, c’est toi qui aurait pas voulu. » - « Pourquoi tu dis ça ? » - « Je te connais mon petit Gwanaël… » - « Je te jure que j’aimerais bien partir en vacances avec toi. » - « Je t’ai dit de jamais juré. » - « Ouais, ma mère aussi… alors je te promets que si je peux partir en vacances avec toi, alors je pars. » - « Trop tard. J’ai déjà payé. Mais ça t’empêche pas de venir si tu veux. J’ai une chambre avec un grand lit et avec vue sur la mer. Ça te dit ? » - « Chiche ? » - « Quoi, tu vas dire comme ça à tes parents que tu viens avec moi et pas de problème ? » - « Tu veux vraiment que je vienne avec toi. C’est pas des craques ? » - « Évidemment J’adorerais passer mes vacances avec toi. Tiens, je te donne l’adresse et les dates. Tu viens quand tu veux, comme d’habitude, sauf que ce sera au soleil cette fois. » - « Je peux pas partir avec toi ? » - « Je pars pas d’ici. Je dois d’abord aller dans le Nord voir mes parents et je pars directement de là-bas. » - « T’as vu, tu l’as fait exprès pour pas que je vienne. » - « Tu me connais. Tu sais que c’est pas vrai. » - « Ok, d’accord. Et je fais comment pour aller là bas ? En stop ? » - « Tu fais comme tu veux mon grand. En stop, en avion, en volant une voiture, à vélo ou à roller, je suis pas ton père… » - « Ok, comme t’es sur que je viendrai pas, je vais venir. » - « J’ai rien dit moi. » - « Ouais c’est ça… N’empêche que je viens passer trois jours dans ton hôtel à Palavas parce que tu m’a invité et t’as pas intérêt à me lâcher… » - « D’accord ! » - « T’as vu ! Tu me crois pas ! Écoute on fait un pari, si je viens pas, je te donne tous mes mangas…. Mais si je viens alors tu m’en offres le double ! T’es d’accord ? » - « Ok, t’es sur de toi? » - « No problem » répondit Gwanaël en souriant et en serrant la main de Éric Voilà, il était à Palavas pour trois jours. Quand il avait fait le pari, il n’était pas question de fugue mais il n’avait vu que cette possibilité là. Que ses parents le laissent partir à Palavas en pleine période scolaire aurait été hors de question même s’ils l’accompagnaient. Ils n’y avait aucune chance qu’ils acceptent, alors il n’avait même pas demandé pour ne pas compromettre ses chances. Et il n’avait pas pensé une seule seconde à ne pas partir. Hors de question. L’inconvénient de la fugue était qu’il était certainement recherché. La réaction de Éric en le voyant aussi était incertaine, bien qu’il pensait ne pas avoir de souci de ce côté-là. C’était un homme qui pensait que les enfants étaient trop enfermés, que ce soit dans leur maison ou dans des institutions et qu’il fallait les laisser expérimenter la vie malgré les dangers. Trois jours à Palavas. Ce serait quand même bien que ça reste des vacances et qu’il ne soit pas obligé de rester enfermé pour échapper aux recherches. Gwanaël se promit de tout faire pour . Après tout, rien ne disait qu’ici, les gens seraient au courant. Il sortit la feuille où il avait indiqué le nom de l’hôtel et le nom des rues à prendre pour y arriver. Il chercha le panneau pour savoir sur quelle route il se trouvait. Moins d’un kilomètre le séparait de l’hôtel. Il s’y dirigea lentement en pensant à le tête que ferait Éric quand il le verrait. Il souriait d’avance.

Chapitre 12 : Petits mensonges


Laurent et Gwanaël ne réagissaient pas de la même façon lorsqu’ils mentaient. Alors que Gwanaël rougissait subitement, Laurent ne manifestait aucun signe. Un adulte parierait qu’il dit la vérité même s’il donne un mensonge plus gros qu’une maison. Le cher professeur de Lie to me aurait bien du souci, il trouverait bien une excuse bien que je ne sache pas trop laquelle. S’il ne s’agissait d’un enfant, il dirait qu’il ne manifeste aucune émotion, qu’il est froid, qu’il vit dans un autre monde sans prise avec la réalité, … Mais Laurent croyait vraiment à ce qu’il disait au moment où il le disait, c’était aussi simple que ça. Il se mettait toujours dans la peau des personnages quand il lisait, ce qui lui arrivait souvent ; et quand il racontait une histoire, il « voyait » tout le contexte, un monde tout autour avec un passé et un futur. Aussi quand il avait dit que Gwanaël lui avait donné un mot d’excuses, il avait imaginé l’endroit, la mauvaise mine de Gwanaël, le moment exact, … Il lui suffisait de raconter ce faux souvenir. Laurent n’était pas vraiment inquiet. La police d’ailleurs ne l’interrogea que par pure forme. Les parents de Gwanaël en revanche voulaient tout savoir, même ce qui n’existait pas. Ils lui demandèrent de quoi ils avaient parlé tous deux le matin, s’ils avaient rencontré quelqu’un qu’ils ne connaissaient pas, si Gwanaël avait son sac et rien d’autre. Ils avaient insisté sur le moment où il avaient eu le mot d’excuse. Laurent se « remémora » alors l’épisode. « On venait de finir le cours de math. On avait pas fait grand-chose. C’était la même chose que la semaine dernière. On a surtout corrigé des exercices. Il avait tout bon. Moi aussi. Celui qui les a faits au tableau s’est planté, elle a demandé si quelqu’un d’autre voulait venir… Mais y a jamais personne qui répond de toute façon. Alors elle a demandé à Ahmed. Il a réussi à trouver la réponse mais il l’avait pas fait alors ça a duré longtemps. On a presque passé une heure à faire les exos. C’est au dernier exo qu’il m’a donné son mot. Je l’avais pas vu écrire. Après on a ajouté une propriété dans le cours et c’est tout. Après on est sorti. Alors je lui ai demandé c’était quoi tout ça. Et il m’a dit qu’il avait des vertiges et qu’il voulait rentrer. Je lui ai demandé s’il voulait que je l’accompagne mais il m’a dit que ça allait pour l’instant mais qu’il était fatigué. Il m’a dit à demain et il est sorti du collège. C’est tout. Je l’ai pas revu. » Évidemment, les parents ne pouvaient pas aller bien loin avec une telle histoire. Mais c’était le but. Laurent ne voulait pas trop être embêté et si on pensait qu’il ne savait rien, on le lâcherait. Pour ses parents, il raconta le même « souvenir » avec encore plus de détails. Son père était pointilleux. Il avait quand même un peu peur qu’ils accentuent leur surveillance mais il ne pouvait rien contre l’instinct protecteur des parents. Encore que les siens le laissaient assez libre car ils pensaient que l’affrontement avec des événements imprévus le consoliderait. Et ils avaient eu raison dans un certain sens, bien qu’ils ne le sachent pas. Il avait une fois réussi à aller à Lille sans qu’ils s’en rendent compte. Par contre, Laurent ne savait pas si le mensonge de Gwanaël passerait, ce petit morceau de papier où il avait écrit dans la case « motif de l’absence » : « vertiges ». Un seul mot. Ils avaient pensé qu’il valait mieux écrire le moins possible. Car ils ne s’étaient pas renseignés sur les graphologues et sur ce qu’ils pourraient découvrir. Avec un seul mot, si vraiment ils pouvaient déchiffrer les émotions, alors ils auraient vraiment du mal. Plus que ça même : il avait écrit en majuscules. Peut-être que justement ils interpréteraient l’écriture en majuscules comme une envie ou une peur. Les spécialistes arriveront toujours à nous surprendre avec leurs conclusions. La vie de Laurent suivait deux voies. Il vivait avec ses parents et à l’école et il ne se passait rien que de très habituel, mais il vivait aussi en communication secrète et en imagination avec Gwanaël. Comme physiquement il ne se trouvait qu’en un seul endroit et que personne ne savait lire les émotions qu’il cachait, tout allait bien. Pour l’instant. Il regarda son ordi. Son disque dur était nettoyé, mais il ne faudrait pas que des experts viennent l’examiner de trop près. Il devrait alors s’expliquer sur certaines pages web qu’il avait visitées. Pourquoi Montpellier par exemple. La réponse « pourquoi pas ? » ne suffirait alors sans doute pas. Mais il n’y avait pas de raison qu’on fouille dans son ordi. Son esprit alors se dirigea vers son nouveau portable. Là aussi, il ne faudrait pas qu’on fasse une fouille trop minutieuse de sa chambre bien que sa cachette n’ait jamais été trouvée par ses parents. Le portable était un risque, mais n’avoir plus de liaison avec Gwanaël était un risque encore plus grand.

vendredi 28 janvier 2011

Chapitre 11 : Des mangas


Je rentre dans la presse avec Yassine. Il y a aussi pas mal de cadeaux souvenirs. On voit qu’on est dans une ville touristique, les étagères sont remplies d’objets inutiles ayant un vague rapport avec la mer. Je mets ma main sur l’épaule de Yassine et le guide vers le rayon revues. Je passe à côté du tourniquet où se trouvent les journaux sans même y jeter un œil. De toute façon, il n’y aura aucune nouvelle sur la fugue de Gwanaël avant demain et le reste ne m’intéresse pas. Yassine ne l'a pas non plus regardé. Il ne doit pas lire souvent de journaux je présume. J’aurais dû lui demander avant quel genre de revues il lisait, peut-être qu’il est abonné à un manga ou à une revue pour ado, à moins qu’il ne lise des trucs sur les séries ou sur les stars…
Je ne passe jamais assez d
e temps avec les garçons que je rencontre. Mais ainsi, il leur reste toujours cette part de mystère. Pourtant souvent je les connais mieux que leurs parents. Bon, là j’ai un peu été pris de court, mais il n’y pas grand-monde, on va pouvoir discutailler un peu. Je le laisse regarder les magazines, il s’arrête là où se trouvent les revues people. « Tu écris dedans » -« Non, celles-là sont fourre-tout, c’est plutôt un magazine d’enquête mais parfois un peu trash, ils ne doivent pas l’avoir ici. Tu veux acheter quelque chose ? Je te le paye. » Il regarde les images de voitures qui s’étalent devant lui, les stars, les endroits d’évasion, … Il semble un peu perdu. « Je te laisse un peu regarder, je vais voir un peu les journaux ». Je me contrefiche de ce que racontent les journaux mais il faut toujours laisser les enfants un peu libres, ne pas trop les guider et les laisser eux-mêmes trouver leur voie même pour des détails.
Je fais semblant de lire les titres des journaux et l’observe. Il pose et repose des revues sans vraiment s’attarder sur l’une d’elles. Son regard s’est posé sur les étagères du haut mais n’y est pas resté. Il va vers le coin enfant avec Mickey et compagnie. Bon aujourd’hui ce sera bande dessinée ou manga. Je le rejoins, il prend un à un tous les magazines qui traitent de manga. Il en choisit, un peu au hasard me semble-t-il. « Celui-là, ça va ? » - « Pas de problème. On va demander s’il a des crayons ? » - « Y en a derrière le vendeur, je les ai vus en rentrant. » Il a une bonne vue ce petit. On passe à la caisse, je lui donne un
billet de 20 € et lui indique les crayons du doigt. « Tu prends ce que tu veux. N’oublie pas une feuille, enfin n’importe quoi pour dessiner. Je t’attends dehors. »
Ce n’est pas u
n garçon timide et il doit souvent se débrouiller seul. Facile pour lui. Il n’est pas long à sortir. Il me tend la monnaie, je la prends et la met dans ma poche, sans recompter évidemment. J’aurai pu la lui laisser mais ce n’est pas la peine. Il a pris un crayon-gomme et un cahier de dessin.
Y a pas de Mac-Do ici, que des restos. « On va dans un café ou sur la plage ? » je lui demande. Il choisit la plage. Il n’y a pas trop de monde à cette période de l’année, on sera tranquille. J’ai presque oublié que je devais quand même regarder si des fois un petit Gwanaël n’était pas dans les parages. Je regarde donc un peu les garçons, mais il n’y en a que deux et trop grands. C’est vrai que la plupart sont encore en classe. Point de Gwanaël. Yassine me guide assez près de la mer. J’espère que c’est la marée descendante. Ah oui, j’oubliais, il n’y a pratiquement pas de marée ici. Yassine pose son sac et tout ce qu’il avait dans la main sur le sable.
Puis il ouvre son sac et commence sa petite installation. C’est vrai que ce n’est pas la première fois qu’il vient. Il étale la serviette, il enlève ses baskets et les mets aux coins de la serviette pour qu’elle ne s’envole pas, met son sac à un autre coin. Alors je le vois enlever son tee-shirt. Bon sang, comme il est beau, un corps svelte avec une couleur magnifique. Les petits marocains ont cet avantage de n’avoir pas de différence de couleur entre les parties bronzées et celles qui ne le s
ont pas. Il pose son tee-shirt avec une casquette qu’il a prise dans le sac sur le dernier coin. Je n’arrête pas de le regarder. Il a fini, son regard croise le mien. « Y a de la place pour moi ? » - « Oui, j’ai une serviette immense… ». Il s’assied et je me mets à côté de lui. On regarde la mer, je ne peux quand même pas toujours le regarder. J’ai déjà des souvenirs pour des semaines. « Je vais dessiner maintenant, après j’aurai trop chaud… » me dit-il - « Je pourrai te jeter dans la mer pour te rafraichir si tu veux. » - « Non merci » répond-il en souriant. Il prend son cahier et son crayon. « Tu veux que je dessine quoi ?» - « Ce que tu veux, simplement un personnage, un garçon sur la plage par exemple ». Il ne réfléchit pas, il prend son crayon et commence à tracer des traits rapidement. Il ne gomme pas. Je vois à son visage qu’il s’applique comme pour un travail sérieux.
Je regarde sa main. Elle n’hésite pas. Le personnage commence à apparaitre. C’est vrai que c’est un manga, la chevelure est en pointe. Il observe son personnage puis comme à faire le décor. D’abord l’horizo
n puis il ajoute des détails. D’une feuille blanche, il a fait un endroit où je m’incrusterai bien. Son personnage, bien que manga, ressemble à un jeune garçon téméraire et rentrer dans le dessin comme dans le clip de Ah-ha ne me déplairait pas. Son dessin est fini. Il fait quelques retouches et voilà, le résultat est splendide. « Bon sang, il est génial ton dessin. En plus tu l’as fait vite. T’es vraiment doué ! ». Il ne dit rien mais je vois que mes compliments le touchent. Il ne doit pas en avoir souvent à part ceux de ses copains peut-être.

jeudi 27 janvier 2011

Chapitre 10 : Vers la mer


Gwanaël n’eut pas de mal à trouver le tramway, il était juste à la sortie de la gare. Il y en avait de deux sortes un de couleur bleu et un de couleur jaune, ils allaient dans des directions différentes. La destination était clairement affichée sur le devant. Il prit le bleu, il n’eut pas à attendre longtemps. Le trajet lui aussi fut rapide, moins de dix stations. Il ne regardait pas derrière lui, et évitait de donner aux gens l’air de chercher. Il connaissait les noms des stations par cœur. Il fut seulement surpris par l’air climatisé, il eut presque froid. Il descendit à la station Place de l’Europe et eut sa première hésitation. Il connaissait le numéro de la ligne mais pas où se trouvait l’arrêt or il y en avait plusieurs. Il allait devoir les faire tous ou attendre que le car arrive.
Il choisit de commencer par la droite, il voyait deux arrêt l’un à côté de l’autre. C’était son jour de chance. Le car s’arrêtait à celui-ci, c’était indiqué sur les fiches de ‘arrêt. Il n’avait pas besoin de regarder les horaires, il les connaissait. Mais il vérifia que c’étaient les mêmes. Pas de problème. Tout continuait à aller comme il fallait. Aucune anicroche. Un plan au poil. Il avait déjà la monnaie de son billet à la main. Trois autres personnes attendaient avec lui et ne lui prêtaient pas plus d’attention que s’il avait été un montpelliérain ordinaire.
Le car arriva avec cinq minutes de retard. Il lut la direction « Palavas ». Bientôt, il y serait. A Palavas-les-Flots, à la mer, avec son ex-voisin. Des vacances bien méritées. Il n’appréhendait pas vraiment la réaction de celui qui allait le recevoir. C’était son ami. Il s’installa à une fenêtre. Le car partit. Il regarda la ville. Des bâtiments clairs dans l’esprit de la Grèce. Des palmiers. Des gens en tee-shirt. Du soleil. Une rivière.
D’abord, ils roulaient sur des grands-routes en ville mais bientôt ils s’éloignaient de la ville. Quelques minutes plus tard, il voyait l’étang, il sentait l’étang. Une route entourée d’eau. Puis le panneau indiquant qu’ils entraient dans Palavas. Après quelques détours, il vit la mer. Voilà, il était arrivé. Il descendit du car et se dirigea vers la plage comme tous les passagers. Il traversa une route et marcha sur le trottoir qui longeait la plage. Il n’irait pas tout de suite. D’abord dire bonjour à Éric.

lundi 24 janvier 2011

Chapitre 9 : Remous au collège


Laurent est rentré en douce au collège après avoir quitté son ami. Personne pour le voir. Il aurait pu faire sonner l’alarme incendie, donner un coup de fil anonyme disant qu’il y avait une bombe pour qu’on fasse sortir tous les élèves, mais il a trouvé plus simple de rentrer par une fenêtre qu’il avait laissée ouverte. Toujours éviter de se faire remarquer quand on prépare un coup. La fugue ne Gwanaël ne devait pas être découverte avant ce soir. Les deux garçons ont pensé à mille plans différents mais ont retenu le premier qu’ils avaient eu. Gwanaël a dit à Laurent vers midi qu’il était malade et qu’il rentrait chez lui, il lui a même donné un mot d'excuse pour la vie scolaire. Tout simple. Laurent n’était donc pas impliqué.
Lorsqu’on s’apercevrait de la disparition de Gwanaël, on penserait à un kidnapping sur le chemin de l’école alors qu’il rentrait chez lui après avoir écarté les autres hypothèses : il n’était pas dans sa famille, ni à l’école, ni chez des copains et dans aucun endroit habituel qu’il fréquentait. Laurent passa une après-midi sans problème, seul. Quelques camarades et les profs lui demandèrent pourquoi Gwanaël était absent, sans insister. Motif valable.
Laurent reçut le sms
de son copain en plein cours de français. La prof n’aimait pas les sms, il ne le lui ferait donc pas lire. En plus, elle ne comprendrait rien, et aurait déjà oublié l’absence de Gwanaël. Il répondit sans se faire repérer. Il avait l’habitude. Bien sur, ce n’était pas son portable habituel. Ils avaient acheté deux portables dans une petite boutique et pris des cartes Sim dans une presse assez loin de chez eux. Le risque était assez minime que les commerçants fassent le lien avec la disparition, si on en parlait au jt ou dans les journaux.
Le collège était une passoire mais il y avait quelqu’un pour observer et corriger. Ainsi, un surveillant appela le portable de la mère de Gwanaël quand il eut la liste des absents. Le début de la chasse au fugueur avait commencé. La mère appela son mari, celui-ci téléphona au collège et ce dernier au commissariat. En effet les parents étaient surs que leur fils était au collège et il ne leur avait pas téléphoné. Il y avait donc un problème quelque part. Un inspecteur fut dépêché au collège pour voir s’il y avait lieu de s’inquiéter.
On fit appeler Laurent au bureau du proviseur. Sans l’effrayer on lui demanda pourquoi Gwanaël était partit, s’il semblait malade, s’il paraissait avoir peur de quelque chose, si on les avait suivi ce matin, s’il lui avait dit quelque chose de particulier… Lauren
t se mit dans la peau de son personnage et pensa vraiment ce qu’il disait. Il mentait bien. On ne le garda pas et on ne fit pas venir d’autres enfants de sa classe. Simplement, on envoya un surveillant dans sa classe qui demanda à ce que tous ceux qui pouvaient les aider à retrouver Gwanaël viennent les voir au bureau du principal.
Évidemment, la classe était en ébullition et les élèves travaillèrent encore moins que d’habitude ce qui n’est pas peu dire. Leur tête n’était pas souvent tournée vers le tableau et leurs oreilles écoutaient les commentaires des voisins. La prof récita son cours. La sonnerie d’interclasse sonna sans que les élèves s’en rendent compte et un autre prof se mis à parler. Les théories devenaient plus farfelues au fur et à mesure qu’on avançait dans l’après-midi. A la sortie des cours, il était devenu presque certain que Gwanaël s’était fait enlevé par un résea
u de pédophiles, qu’il deviendrait leur esclave et qu’on le retrouverait en Russie dans plusieurs mois, mort. Laurent ne pouvait faire qu’une chose, se renfermer sur lui-même, attitude qu’on attendait plus ou moins de lui. Mais il écoutait, et les récits qu’il entendait le passionnaient. C’était dur de ne pas le montrer.
Évidemment, il y eut plus de parents que d’habitude à la sortie du collège. Le téléphone à téléphone marche très bien. Personne ne savait rien mais tous avaient leur opinion. Déjà, pourquoi on sort si facilement du collège (il faut mettre des grilles, des gardes, ..), que faisaient les policiers (feraient mieux de surveiller les criminels au lieu de mettre des pv), pourquoi on avait enlevé la peine de mort (il fallait tous les zigouiller), et les caméras (pourquoi y en avait pas une ici), et la télé (ça donne des idées), et les jeux (ils ont été élevés avec), … C’est sympa, une disparition d’enfant, ça donne plein de sujets de conversation. Faudrait qu’il y en ait plus souvent.
La police n’osait pas trop se montrer. Les profs avaient eu pour consigne de donner des conseils de prudence aux enfants. Le principal avait envisagé la possibilité de mettre des caméras de surveillance avec l’inspecteur. Les parents de Gwanaël n’étaient pas venus, on les en avait dissuadés. Les parents de Laurent étaient tous deux présents. La presse avait été conviée dans la salle polyvalente. L’heure était aux « On n’est sur de rien. Toutes les hypothèses sont envisagées ». Laurent se préparait à quelques heures pénibles, mais il escomptait en retirer quelques bénéfices sinon à quoi bon…

vendredi 21 janvier 2011

Chapitre 8 : Des enfants malades


Avec Yassine, je sors du café. Enfin, on était déjà attablé à une table au dehors mais je ne connais pas les limites du café… Yassine a décidé de ne pas me quitter, du moins pour le moment. On continue sur le chemin qui nous a amené ici mais il s’arrête un peu plus loin. Après, il faut faire un détour pour prendre un pont qui mène à une autre ville. On repart dans l’autre sens avec la mer toujours à nos côtés. Yassine me parle de ses dessins. Il dessine plutôt des mangas et me dis qu’il a encore du mal avec les corps. Pour les visages, il pense les faire correctement. Je lui demande s’il peut m’en dessiner un, vite fait, pour voir. « J’ai pas de crayon… tu veux que je le dessine sur le sable ? » Ca me semble une bonne idée mais il y a trop de monde et puis je ne pourrai pas le garder. « Non, je veux un souvenir de toi. » - « T’as ma photo » dit-il en souriant. « Oui, mais je veux quelque chose de toi. Viens, on repassera par la presse, ils auront ce qu’il faut. Et puis je t’achèterai des Pokemons si tu veux. » Yassine se marre. Sur qu’il n’a plus l’âge, encore que…
On longe un grand bâtiment qui semble assez neuf. Yassine m’apprend que c’est un hôpital pour enfants. Ceux qui ont des maladies assez longues à guérir. J’observe plus attentivement et voit effectivement un panneau, c'est l'institut Saint-Pierre pour enfants malades, je vois aussi des caméras - pour éviter aux inconnus d’entrer ou aux enfants de sortir ? Il faudra que j’y fasse un tour. Il peut y avoir des reportages intéressants à y faire. Sur comment certains enfants sont arrivés là. Peu de chance qu’ils me laissent entrer si je leur dis mes intentions. Et je ne vais pas embarque mon petit ami dans cette aventure. Je remets à plus tard.
Je regarde la plage pour voir si certains de ces enfants y sont. C’est vrai qu’il n’y a pas grand-monde à cet endroit. Et pas d’enfants. Un bon terrain de jeu cette plage vide quand ils sortent s’ils sortent. Je décide de remettre à encore plus tard mon entrée sur ce terrain. Car ça risque de me prendre pas mal de temps. J’y reviendrai une fois Gwanaël retrouvé. Les enfants malades peuvent être un véritable piège comme sujet de reportage. Trop larmoyant ou trop froid, manipulations par des parents ou des associations, procès malintentionnés, pitié, et j’en passe…
Dès qu’il s’agit d’enfant, dans un reportage ou dans un journal télévisé, les oreilles du public se dressent. La mort par noyade en direct, la bataille USA-Cuba pour une garde, la fausse accusation de voleurs d’yeux, le procès d’Outreau, la mort par fusillade dans les bras d’un père. Les mêmes reportages avec des adultes auraient tout au plus fait lever le sourcil de ceux qui se sont indignés alors. J’adore les enfants et je donnerai ma vie pour sauver un enfant que je connais mais je trouve ça un peu étrange. Surtout quand on regarde le nombre d’enfants qui meurent toutes les minutes de la malnutrition ou de la guerre.
Je demande à Yassine s’il a déjà été malade. « Tu as manqué l’école cette année ? » - « Trois fois seulement. Une fois j’avais mal au ventre, après j’étais enrhumé et une fois j’ai dit que j’avais mal à la tête. C’était vrai mais pas beaucoup, y avait un contrôle de géo… » - « Tu as déjà été à l’hôpital ? » - « Je crois pas ». Soudain je le vois hésité. Je le regarde. « Si, une fois, tu sais pour la circoncision… ». Non, je ne sais pas. Il m’explique qu’il est musulman et que lorsqu’il a eu trois ans, on l’a circoncis. Il me dit en rougissant « Tu sais, on coupe le prépuce.. ». Je le laisse parler. Il s’embrouille. J’ai surtout remarqué qu’il commence à me tutoyer et j’aime ça. Je viens quand même à son secours. « C’est ta religion qui t’oblige à faire ça ? » - « Oui, enfin c’est pas dans le Coran, mais si tu le fais pas, y en a qui disent que t’es pas musulman… Tu connais le Coran ? » - « Oui, je l’ai lu… en français » On arrive à la presse. Je lui prends le bras pour qu’on traverse ensemble, il ne s’en formalise pas. J’espère qu’ici, un français avec un jeune arabe n’est pas trop mal vu, même si Yassine est peut-être plus français que moi.

mardi 18 janvier 2011

Chapitre 7 : Le voyage


Gwanaël n’avait pas eu de problème pour aller à Paris-Gare de Lyon. Il avait pris le métro, il devait être le seul enfant dans la rame, à croire que Paris n’est peuplé que d’adultes. Ou alors les enfants étaient retenus prisonniers, à moins qu’ils n’aient pas le droit de prendre le métro. Pas de poussettes, ni landaus non plus. A croire aussi qu’il n’y aura que des vieux dans quelques années. Quelques hommes le regardèrent mais baissaient les yeux ou détournaient leur regard dès qu’il les regardait.
Arrivée à la gare, il n’eut pas à attendre longtemps. Les gens étaient un peu moins mornes que sous terre, il y avait des pigeons. Ca parlait dans toutes les langues, c’était coloré aussi bien en couleur de peau qu’en vêtements. Il y avait des jeunes, des vieux, des enfants. Gwanaël se sentit mieux. Cinq minutes à regarder autour de lui, puis sur le panneau d’affichage le quai où se trouvait son train apparut. Il savait qu’il avait encore un quart d’heure avant le départ, mais il préférait le prendre avec la foule pour éviter de se faire remarquer. Un garçon seul à Paris attire les regards.
Il prit sa place immédiatement après avoir mis son sac au-dessus. Un étudiant était venu s’asseoir à côté de lui. Tant mieux, il n’aurait pas à faire la conversation. Mentir était assez fatiguant. Son voisin, d’ailleurs, avait sorti un magazine de foot et s’était plongé dedans. Gwanaël avait prévu le coup où son voisin aurait été une voisine, une vieille voisine, avec un questionnaire infinissable. Il avait son Smartphone avec ses écouteurs, et des dizaines de mp3. Il ne le sortit pas tout de suite. Il avait besoin d’un peu de temps pour réfléchir à la situation. Voir s’il n’avait rien oublié, prévoir la suite.
Il quittait Paris sans regret. Même s’il ne devait jamais y revenir, bien que ce scénario soit très invraisemblable. Son projet actuel prévoyait un retour dans cinq jours, s’il n’était pas ramené malgré lui avant. Alors que le train partait, il commença à réfléchir à son arrivée à Montpellier. Il n’y était jamais allé et les quelques sites qu’il avait parcourus se contredisaient parfois. Il semblait que la ville se métamorphosait assez vite. Mais il avait décidé d’aller directement à Palavas. Le trajet Montpellier-Palavas en car ne devrait pas poser trop de problèmes. Les immeubles de banlieue se dessinaient sur les vitres pendant qu’il songeait à la plage de Palavas.
Il commença à écouter sa musique au bout d’une heure de trajet. Il avait refait son parcours de matin dans sa tête plusieurs fois. Il ne voyait rien d’anormal. Il avait alors envoyé son premier sms à Laurent lui disant que tout était ok. Puis il avait mis ses écouteurs et il partit alors dans d’autres contrées.
Une réponse de Laurent lui confirmait que tout allait pour le mieux. Rien à signaler. Personne n’était encore au courant de sa fugue. Quelques heures pendant lesquelles il n’était pas là où on croyait qu’il était. Cela lui donnait une sensation de liberté. Il regarda par la fenêtre ; le paysage ne montrait que des collines et des petits villages. Il se demanda comment aurait été sa vie s’il avait grandit dans un de ces villages, loin de tout. Il se dit alors que ce serait une bonne idée d’avoir un correspondant ici, qui lui raconterait sa vie de tous les jours.
Il arriva à Nîmes sans s’en rendre compte. Les arrêts avaient été rares, et il avait somnolé un certain temps. Nîmes n’était qu’à 20 minutes de Montpellier. Voilà, sa cavale commençait. Dans le train, il était encore relié à Paris. Dehors, il serait seul, tout pouvait lui arriver. Il réfléchit au trajet Montpellier-Palavas. S’il ne se trompait pas, alors il aurait presque gagné. D’abord sortir de la gare, prendre le tramway direction Odysséum arrêt Place de l’Europe, puis le car direct jusque Palavas. Ca ne semblait pas trop difficile, mais il pouvait y avoir des imprévus. Il ne s’impatientait pas. Rester calme et tout faire dans le bon ordre sans avoir l’air d’un garçon perdu. Il entendit qu’on annonçait qu’on approchait de Montpellier, terminus du TGV.

dimanche 16 janvier 2011

Chapitre 6 : Yassine


Je suis allé au cinéma à la séance de 14 heures. Personne. Enfin pas celui que je cherchais. Comme c’est un grand cinéma avec mini salle de jeux, j’ai pu rester dans le hall pour observer les gens qui entraient. Je n’ai pas attendu les autres séances. Gwanaël avait aussi bien pu changer de projet, qu’est-ce qui l’en empêchait. Il faisait beau, j’ai donc décidé de refaire un petit tour à Palavas. Il est quand même plus facile de rencontrer les gens qu’on cherche dans les petites villes, et le lieu où chercher était tout indiqué : la plage. J’avais cette fois-ci prévu le coup et mis un bermuda et un tee-shirt. Pas de maillot de bain, je ne suis pas téméraire à ce point, ce n’était pas encore l’été.
J’ai pris le car et regardé à tout hasard les passagers. Rien. Ah si, un beau garçon quatre sièges derrière sur la droite, seul, un mini sac à dos à côté de lui. En jean et tee-shirt. Je le prendrai bien en photo. Mais de nos jours il y a toujours un risque à parler à un garçon inconnu. Il y avait quelques femmes devant lui qui ne m’inspiraient pas confiance et comme je ne pouvais décemment pas sauter du car en marche, je devrais écouter leurs réflexions. Je n’y tenais vraiment pas alors j’ai regardé le paysage pendant la durée du trajet. Un étang et des flamands roses entre autres. On est arrivé à Palavas et j’hésitais entre faire connaissance avec le garçon ou aller directement sur la plage.
J’ai marché lentement vers la plage laissant le destin me guider. Le garçon est allé dans la même direction et marchait aussi lentement que moi cinq mètres derrière. Bon, et bien, peut-être une belle journée en perspective. Je me suis arrété et lui ai demandé s’il allait à la plage. Il a répondu que oui. « J’attends quelqu’un qui doit venir plus tard dans l’après-midi. Ca t’ennuierait si je reste avec toi en attendant pour pas être seul. » J’ai ajouté en rigolant « Je pourrai surveiller tes affaires pendant que tu nages… » . Il a souri. « Je vais pas nager » -« Sans blague. Et ton sac, y a pas ton maillot dedans peut-être ? » - « Non, c’est à manger » - « Tant mieux, j’ai pas mangé ce midi, t’en as un peu pour moi ? » - « Si vous voulez… »
Il m’a filé un biscuit. Je l’ai pris bien sur. « En échange, je te paie un verre, ça te va ? ». Ca lui allait. On a pris la rue touristique avec ses restaurants, on est passé sur l’autre rive et on a continué sur le chemin qui suivait la mer. Je n’étais pas pressé de rentrer dans un bar, je voulais quelque chose qui donne sur la mer et à l’extérieur. Il a commencé à me parler de lui et j’ai aimé. Il s’appelle Yassine, il a 13 ans. C’est un jeune marocain vachement mignon. Il n’a pas cours cette après-midi et a décidé d'aller faire un petit tour à la mer. J’aime bien ce genre de garçon qui profite de sa liberté.
Je lui ai quand même un peu parlé d’école, simplement pour voir. Ses résultats scolaires ne m’intéressent pas plus que cela, mais ça me permet de savoir ce qu’il fait à côté. Yassine dessine des mangas. J’aurais bien aimé voir quelques-uns de ses dessins. Bon, je n’allais quand même pas m’inviter chez lui, ni lui donner un rendez-vous tout de suite. Je suis assez patient. Je verrai plus tard pour voir s’il est d’accord pour qu’on devienne amis.
Je ne lui ai pas menti. Je lui ai dit qui je cherchais un garçon qui avait fait une petite fugue et que je croyais qu’il allait se pointer sur la plage, que je travaillais pour un magazine, etc… Il est assez intéressé par ce que je lui raconte. Je lui demanderais bien maintenant de poser pour moi mais ce n’est pas l’endroit. On arrive à un endroit où on peut boire non loin de l’eau. On s’installe, je commande un Schweppes, Yassine prend la même chose. Les verres arrivent. On est bien servi, avec beau verre et rondelle de citron.
On observe la mer en buvant notre verre. Soudain, le téléphone de Yassine sonne. Il regarde qui l’appelle et décide de ne pas répondre. Je lui demande s’il veut que je le prenne en photo avec son téléphone. J’ai remarqué qu’il a un smartphone assez récent. « Oui, si vous voulez » Il cherche une position. Il n’a pas besoin, il serait beau sur n’importe quelle photo. J’essaie quand même d’avoir la mer comme arrière plan et j’attends son sourire. Clic. Bon, il m’enverra peut-être la photo un jour car c’est vrai qu’elle est belle. Il regarde le résultat et parait content. Il me remercie. « Vous avez votre appareil photo avec vous ? » - « Oui, enfin j’en ai un, un petit » Je lui montre mon petit appareil que j’emporte quand je n’ai pas de place pour les autres. « Je peux l’ouvrir ? » - « Pas de problème mais y a pas de photos dedans » .
En effet, je n’ai pas encore retrouvé Gwanaël et Yassine est le premier jigé que je rencontre. « Tu peux faire des photos si tu veux » . Il ne se fait pas prier et se lève pour photographier la mer, le restau, … Je saurai s’il a l’œil en visionnant ses photos. D’ailleurs, il me les montre dès qu’il revient. Ca va, les cadrages sont corrects et il a même photographié un petit garçon d’a peu près 4 ans. Un jeune garçon peut tout se permettre. Je lui dit que ses photos sont bien, et je lui demande « Je peux te prendre en photo ? » - « Oui » Je refais à peu près la même photo que tout à l’heure, puis je le prends plusieurs fois en gros plan avec quelques cadrages originaux. Il est assez photogénique, et quand il sourit, cela devient magique. Je lui redonne l’appareil. Il visionne les photos. Plusieurs fois. « Je pourrai les avoir ? » - « On trouve une machine et je les tire, ou je te les envoie par mail sinon. Tu me donneras ton email ? ». Il me le donne tout de suite, je lui donne le mien. J’aime ce garçon.

samedi 15 janvier 2011

Chapitre 5 : Une fugue


Gwanaël était allé au collège comme d’habitude. Avec Laurent. Ils se racontaient leur soirée ; depuis leur arrivée chez eux jusqu’au moment où ils éteignaient la lumière. Ce qui se passait après, ils n’en parlaient qu’à l’abri des oreilles indiscrètes. Pour Gwanaël, n’avoir rien fait de particulier ne le gênait jamais pour parler. Mais ce jour-là, il y avait quelque chose. Il commença par raconter comment sa sœur l’accueillit en lui gueulant dessus. Sa mère était encore au boulot et son père filait un coup de main à un de ses collègues. Il avait envoyé sa sœur se faire mettre par son jules, elle avait promis de le dire à leur mère. Il était rentré dans sa chambre et s’était mis à faire ses devoirs.
Les exercices de math de la veille étaient assez costauds. Quelques semaines auparavant, il aurait pu aller chez son voisin se faire aider. Là, tout seul, il avait du mal à se concentrer. Même après avoir fini tout ce qu’il avait à faire, il n’en tira aucune satisfaction. Une corvée. Ses devoirs étaient devenus une corvée. Rien pour le faire sourire, rien pour l’emmener dans un autre univers. Quand il reposa son crayon, il avait pris sa décision.
Il garda sa décision secrète le plus longtemps qu’il put. C'est-à-dire jusqu’à ce qu’il voit Laurent. « Je vais à Palavas demain. Tu viens avec moi ? »
Les deux garçons se connaissaient trop bien. Laurent compris que son copain avait décidé de partir sans prévenir personne et que sa question n’était qu’une question. Il réfléchit quelques secondes et décida de le laisser partir seul. « Non, pas tout de suite. Dans quelques jours peut-être, si tu es encore là-bas. Tu pars quand ?» - « A midi, après les cours »
Laurent savait pourquoi Gwanaël partait. C’était un de leurs sujets de conversation depuis deux semaines : son voisin dans le sud. Ils avaient passé des heures sur le net et en connaissaient un maximum sur Palavas, Montpellier et le Cap d’Agde. Leur imagination débordante n’avait pas besoin en plus d’une station naturiste. Pour le coup, il y eu vraiment un trop-plein d’idées délirantes dont certaines carrément surréalistes. C’est pour cette raison que la fugue de Gwanaël a eu lieu si tard. Trop de choses en trop peu de temps. Mais la date avait enfin été arrêtée et à part une grève à la SNCF, il n’y avait pas grand-chose qui aurait pu l’empêcher de partir.
Les deux garçons étaient arrivés au collège pour une matinée comme tant d’autres. Histoire-géo barbante durant deux heures puis cours de math. Au moins Gwanaël n’aurait pas fait ses exos pour des prunes. Mais il ne voulait pas se faire remarquer alors lever le doigt était hors de question. Sa voix ou un tremblement de la main aurait pu le trahir . La prof d’ailleurs ne s’interessa pas à lui, ni à Laurent. Un observateur au courant de la future fugue aurait eu beau chercher un quelconque signe, il n’aurait rien vu. Deux garçons qui passaient leur matinée en classe comme d’habitude. Aucun signe de nervosité, pas de moments d’absence, enfin pas plus que d’habitude.
A midi, ils sortirent du collège. Ils mangeaient habituellement à la cantine et les sorties étaient réglementées mais rien ne peut arrêter deux garçons déterminés. Tout était prêt, le sac, les billets, les portables. Laurent devait retourner au collège avant qu’on remarque son absence. Il avait un mot d’absence pour Gwanaël. Aucun problème n’était venu contrecarer leur plan. Ils se serrèrent la main et chacun partit de son côté. Voilà, Gwanaël pouvait commencer son voyage vers le sud.

dimanche 9 janvier 2011

Chapitre 4 : Laurent


Arrivé à mon hôtel, j’ai reçu un nouveau sms de Laurent “cinema demain après midi”. Ouaip, je savais déjà par le guide où se trouvait le plus grand cinéma, là où j’étais tout à l’heure, près du centre commercial. Et j’avais avec moi le journal pour connaître les films et les horaires. Encore que j’aurai pu avoir ces infos sur le net. Bon, je verrai ça demain matin. J’ai renvoyé un sms à Laurent pour lui demander si je pouvais lui téléphoner. Réponse “oui”. Il devait être seul chez lui comme d’habitude. Sans son copain, il devait passer ses journées devant son ordi ou la télé.
Les deux garçons ne se ressemblent pas. Laurent a 11 ans, un corps mince, les cheveux noirs. Il n’est pas angélique mais a ce que j’appelle une tête sympa. J’aime quand il sourit. Même si je n’ai été avec lui que trois jours, je sais qu’il n’est pas difficile à vivre. Quand je l’ai vu la première fois, c’était avec les parents de Gwanaël. Quand ceux-ci l’ont laissé partir, je l’ai suivi en prétextant un appel téléphonique. Je l’ai rattrapé 50 m plus loin. Il s’est retourné et c’est là que j’ai vu son sourire pour la première fois. Il avait du se faire une composition en présence des parents. Evidemment, je suis tombé sous son charme immédiatement.
Je lui ai dit que j’étais reporter dans un magasine spécialisé dans les faits divers et que la fugue de Gwanaël m’intéressait, et s’il pouvait passer un moment avec moi pour en parler…
Il ne s’est pas fait prier le bougre. Tout de suite, il m’a demandé si je le paierai. Bien sur, je lui ai dit que ça dépendait de ce qu’il dirait, j’ai ajouté que ça dépendait de ce qu’il ferait. Je ne doutais pas de son intelligence mais je savais que je ne craignais rien avec lui. Il ferait ou ne ferait rien, dirait la vérité ou débiterait un beau gros mensonge. Je m’en foutais éperdument. Mon but à l’instant était de rester avec lui un certain moment.
Les gamins me surprendront toujours. Il m’a dit que ses parents n’étaient pas là et qu’on pouvait aller chez lui. Pour faire l’interview a-t-il ajouté malicieusement. Je l’aimais déjà mais je ne suis pas fou. Ok pour l’interview, et uniquement pour l’interview… pour cette fois. On est allé chez lui. Il n’habitait pas très loin de chez son copain. Ils devaient bien en profiter ces petits voyous. Arrivés chez lui, on est monté direct dans sa chambre, j’ai à peine aperçu le salon, ce sera pour une autre fois. Sa chambre était bleue. Les meubles, ses draps, les rideaux. Ce qui restait des murs était blanc. J’aurais pu le deviner mais il n’y avait pas Shakira ni de top model accrochés. En revanche, des camions, ça oui, y en avait et pas qu’un peu. Quant à savoir pourquoi, j’aurais bien le temps de le savoir.
Il s’est assis sur la chaise de son bureau et l’a tournée vers le lit. Je me suis donc assis sur celui-ci. Bien moelleux. J’ai pris le temps de regarder un peu plus attentivement tout ce qui m’entourait, en commençant par la taie d’oreiller, la lampe, le réveil, l’armoire, le pyjama accroché près de la porte… J’ai du regardé ce dernier un peu longtemps car il m’a alors dit “c’est un nouveau”. J’adore les pyjamas des garçons ; mais il était un peu tôt pour lui demander s’il pouvait le mettre là maintenant tout de suite. Lisant sans doute dans mes pensées, Laurent s’est levé et l’a mis devant lui, j’ai pu l’imaginer le portant. Putain, trop beau. “Tu dois être bien dedans”. J’ai pas dit beau mais c’est tout comme. Il l’a reposé et s’est rassis. Qu’il commence à se déshabiller et à mettre son pyjama devant moi ne m’aurait pas vraiment surpris, mais ce n’était pas encore le moment.
Je lui ai demandé depuis quand il connaissait Gwanaël, pourquoi d’après lui il avait fuguer, s’il croyait qu’il courait un danger, s’il l’avait contacter depuis son départ. Ses réponses étaient vagues, c’étaient ses réponses pour les parents, les flics, etc… Alors je lui ai demandé s’il avait des photos de son copain. Il a un peu rougi et j’ai su. “quelques unes qu’on a fait en vacances mais vous les avez déjà vues chez ses parents” n’était pas une réponse qui me convenait. “Tu peux me montrer les tiennes ? S’il te plaît !...” Il n’était plus sur de lui.
Je le voyais réfléchir, à ce qu’il pourrait me montrer. Il essayait de se souvenir de ce qu’il y avait. “Elles sont dans mon ordi” – “ok, tu l’ouvres ?” Il a démarré son ordi, ses mains tremblaient un peu. Je ne disais rien, le regardais. Il a cliqué sur son dossier images puis sur vacances. J’ai eu le temps de voir un dossier intitulé GW, je commençais à adorer la tournure des événements. Dans le dossier vacances il a cliqué sur le dernier dossier, et j’ai vu alors les photos. Je les regardais rapidement. Rien de spécial. J’ai sorti ma clé usb et je lui ai demandé si je pouvais les copier. Il a hoché la tête. J’ai branché la clé et j’ai mis ma main sur la sienne et sur la souris. Il n’a pas enlevé sa main. J’ai copié le dossier puis cliqué sur le dossier parent. Le dossier GW est réapparu. “Je peux ouvrir celui-là”. – “Non, il est protégé par un mot de passe” – “Je peux le copier ?” –“Nan, c’est personnel” – “Combien tu veux en échange ?” J’avais toujours ma main sur la sienne, très douce, je lui ai prise et je lui ai redemandé “Tu veux combien si je copie ton fichier ? “ – “Pourquoi vous le voulez ?” – “Pourquoi tu ne veux pas ?” – “C’est des photos personnelles et puis vous n’arriverez pas à l’ouvrir de toute façon” – “T’en fait pas, j’y arriverai. Et j’ai envie d’avoir les plus belles photos et elles doivent être là… Alors combien ? Je te jure que je les montrerai à personne d’autre et que je laisserai le mot de passe pour que personne les voie”
Je le sentais fléchir. Il savait que je savais de toute façon. Peut-être qu’il voulait sans en être sur que je vois ces photos. Il a dit tout bas “100 euros”. J’ai sorti deux billets de 50 de mon portefeuille et je lui les ai donnés. Il les a pris lentement et les a mis dans sa poche. J’ai copié le dossier sur ma clé. Je l’ai regardé, il était beau. Je ne savais pas ce qu’il y avait dans ce dossier mais quel qu’en soit le contenu, je ne regrettais pas de l’avoir acheté. C’était fait. On pouvait recommencer. “Alors, pourquoi Gwanaël a fugué en vrai ?” Il a souri. Ca y est, on était parti pour bien s’entendre.

samedi 8 janvier 2011

Chapitre 3 : Visite guidée


Gwanaël n’était pas visible. Ni au Mac-Do, ni sur la place de la Comédie où se trouvaient plein de cafés, ni dans les voies piétonnes avoisinantes. J’ai parcouru le vieux Montpellier dans tous les sens. Je regardais plutôt les gens que les boutiques, une habitude que j’ai toujours eue même quand je ne recherche personne en particulier. Je scrutais carrément les jigés que je croisais. Y a pas à dire, Montpellier est une belle ville.
Mais marcher pendant des heures est assez usant. Je n’allais quand même pas rentrer à l’hôtel, alors j’ai pris le tram jusqu’au terminus. Je suis monté dans le premier qui se pointait et il lui a bien fallu une demi-heure pour y arriver. C’est souvent une bonne idée de voyager au hasard, on découvre des endroits où on n’aurait jamais eu l’idée d’aller. Là, je me retrouvais dans une cité avec plein de petits arabes. Je me suis promis d’y revenir et j’ai repris le tram dans l’autre sens. L’autre terminus se trouvait dans un centre commercial tout récent en plein air. Une heure de repos était suffisante, je pouvais me promener ici ; Gwanaël aurait peut-être la même idée.
Bon, je sais que ma méthode de recherche est assez hasardeuse mais le destin me sourit souvent. J’aimais bien l’endroit où je me trouvais. Les boutiques n’étaient pas vraiment pour moi, mais c’était comme se promener dans une ville sans ses rues désertes. Il y avait quelques jigés qui accompagnaient leurs parents, pas plus. J’ai aperçu une librairie. Voilà ce qu’il me fallait maintenant, un plan et un guide sur la ville avec tous les lieux touristiques. J’ai trouvé ce qu’il me fallait sans trop de peine. J’ai repris le tram pour retourner à mon hôtel et réfléchir un peu à ce que j’allais faire.

vendredi 7 janvier 2011

Chapitre 2 : Le soleil chauffe


Palavas-les-Flots comme elle s’appelle vraiment est une petite ville située sur la cote à une dizaine de kilomètres de Montpellier. Elle est assez connue comme plage touristique. Le principal problème qu’elle a est Montpellier, une métropole de plus de 200 000 habitants. Les différents maires des deux villes ne sont pas encore parvenus à s’entendre et pour aller de l’une à l’autre sans voiture, c’est assez compliqué. Et bien sur je n’ai pas de voiture. Je dois donc choisir de rester à Palavas ou faire des allers-retours incessants. Je décide de faire les allers-retours. D’abord parce que je veux voir Montpellier, mais aussi parce que rester à Palavas sans me faire remarquer semble assez difficile. J’ai donc pris un hôtel minable à Montpellier.
Comme d’habitude, j’ai eu du bol. Laurent m’a envoyé un sms me disant que Gwanaël irait souvent à Montpellier. J’aurai peut-être la chance d’être dans le même car un jour. Laurent est le copain de Gwanaël ou plutôt son ami proche, voire plus. Il m’aime bien et je n’ai pas eu trop de mal à lui faire dire tout ce qu’il savait, et il en sait beaucoup. Evidemment, il n’a rien dit à tous ceux qui recherchent son copain à part à moi. J’ai souri lorsque j’ai lu les réponses qu’il avait données aux flics. “On s’est disputé…je l’ai plus revu depuis dimanche et il m’a rien dit !”. Il a invoqué une fille comme raison de leur dispute. Trop drôle. Bon, ça m’a quand même coûté 100 € pour qu’il parle mais ça valait le coup. Mais c’est pas pour les 100 € qu’il a parlé, ça s’était du bonus, il voulait vraiment que j’aille voir Gwanaël. Il allait quand même pas me dire qu’il s’inquiétait pour lui, le sachant seul à l’autre bout de la France. Surtout, il le connaissait bien et il savait dans quel pétrin son copain pouvait aller se fourrer.
J’ai donc visité Montpellier pour savoir dans quels coins un jigé pouvait bien aller. C’était assez mal parti, des endroits, y en avait plein qui pouvaient l’intéresser. J’hésitais : commencer par les médiathèques et librairies ou par les parcs et vieilles rues. D’un coté, des livres et disques en intérieur, de l’autre, des gens en extérieur. J’ai opté pour le dehors. Montpellier est la deuxième ville gay de France et Gwanaël voudrait peut-être, même inconsciemment, être épaulé par un jeune gay. Encore que s’il veut être abordé, lire dans une librairie n’est pas mal non plus. Comme il aura du mal à rentrer dans un sex-shop ou un sauna, un parc me semble une bonne idée. Et franchement, autant profiter du soleil…
Une chose que je n’avais pas prévue, c’est la chaleur qu’il peut faire. On n’est pas en été et pourtant la plupart des gens sont en tee-shirt. Avec mon pull et ma veste, je n’ai pas pu résister une heure, j’ai du rentrer pour être un peu plus léger. Le réceptionniste m’a regardé en souriant et m’a donné ma clé. Bon sang, y doit pas y avoir grand-monde pour qu’on me reconnaisse, car lui, je l’avais jamais vu. Je suis monté et redescendu aussi vite après m’être changé. J’ai hyper soif mais y a un Mac-Do près de la gare et une petite visite n’est pas une mauvaise idée, des fois que mon petit jigé y ferait une apparition.

jeudi 6 janvier 2011

Chapitre 1 : Gwanaël


Je viens d’arriver à Palavas. Cinq heures de trajet depuis Paris. Métro jusqu’à gare de Lyon, TGV Paris-Montpellier, et car jusqu’ici, à quelques mètres de la plage. Je sens que ça va être sympa…
C’est un coup d’une semaine, deux grand maxi. Simplement retrouver un gamin assez mignon, Gwanaël, qui a fait une petite fugue. Il en avait marre de ses parents comme ça arrive assez souvent pour des jigés comme lui. Évidemment, il y a plusieurs versions qui expliquent sa fugue, celle des parents, celle des flics, celle de ses copains, celle des grands-parents, celle du gardien de l’immeuble et j’en passe… Et puis il y a celle de Gwanaël que je saurai bientôt !
J’ai une belle photo de lui, en maillot de bain. C’est celle que j’ai demandé bien sur. Les flics ont la photo d’identité collée sur le carnet de correspondance du collège. En fait, j’ai plusieurs photo
s, 158 exactement, elles sont dans mon mobile et à vrai dire je les ai eues d'une façon un peu détournée. Mais c’est quand même plus facile comme ça de savoir ce qu’il aime et avec qui il passe son temps.
Lorsque j’ai visionné tout ce que j’avais, j’ai surtout remarqué les photos avec son copain, pas mal du tout; il y a aussi parfois un oncle et son grand-père. Évidemment, il y a parfois ses parents, sa sœur et d’autres personnes mais sur des photos sans grand intérêt. J’ai appris pas mal de choses sur son copain et c’est ce dernier qui m’a mis sur la piste de Palavas. L'oncle paraît assez inquiétant mais il est à Paris en ce moment ; le grand-père est chez lui dans le Nord.
J’ai appris à rega
rder les détails dans les photos. C’est la bosse dans le slip de Gwanaël qui m'a le plus amusé. On peut la voir sur certaines photos où il est avec son copain. S'il y avait eu un adulte à la place, elle aurait pu constituer une preuve, étant donné le monde dans lequel on vit. Mais Gwanaël sourit sur cette photo, et ce n'est après tout qu'une manifestation physique habituelle à son âge.
Je suis sur de le retrouver mais je ne sais pas ce qui va arriver ensuite. Selon toute vraisemblance, il rentrera chez lui, mais sait-on jamais ? Je ne suis ni flic, ni détective privé ; je travaille seulement pour une revue de faits divers. Je signe sous un pseudo et je suis surtout spécialisé dans la photo. J’envoie parfois simplement une photo avec trois ou quatre phrases et cela suffit. Parfois mes articles ne paraissent que sur le site Internet du magazine. Tout ce qui a trait au fait divers me convient mais lorsqu’il y a un enfant dans l’histoire, il faut que je sois de la partie. Tout le monde le sait au bureau. Alors la fugue de Gwanaël, c’est ok pour moi.